Portrait de femmes : Delphine BUISSON

Ma Parisienne 2016

J’ai couru cette édition avec mes deux grandes filles de 18 et 20 ans. C’était symboliquement très fort de prendre le départ de la course ensemble car mon aînée vient de quitter la maison pour aller faire ses études à Grenoble. Ce matin-là, sur la ligne de départ, nous pensions à toutes les courses que nous avions courues ensemble depuis son enfance, nous pensions avec émotion au chemin parcouru, parfois joyeux, parfois douloureux. Nous avons pleuré. Nous savions elle et moi que plus rien ne serait tout à fait comme avant, et nous étions à la fois pleines de chagrin à l’idée de se quitter, pleinement conscientes et confiantes en l’amour qui nous lie, et pleines d’excitation à l’idée de cette nouvelle aventure qu’est la vie. C’est une réussite pour un parent de voir ses enfants s’envoler avec confiance, ambition et détermination. Mais c’est aussi un moment délicat à vivre.

Voir mes filles courir avec moi, et finalement devant moi, les voir me dépasser, c’est une marque forte d’accomplissement. A les voir galoper avec tant d’énergie, je me disais : regarde un peu comme elles sont belles, comme elles sont pleines de vie et d’envies. Regarde un peu comme tu les as aidées à grandir, à s’équiper pour vivre et choisir leur vie.

Alors oui cette édition 2016 était très jolie et émouvante pour nous. La fin d’un parcours et le début d’une autre course.

Qui êtes-vous ? (Présentez-vous)

Je m’appelle Delphine Buisson, j’ai 45 ans et je suis maman de 3 enfants qui me connectent directement aux générations Y et suivantes, puisque mes 2 filles sont étudiantes et mon dernier fils a 5 ans. Je suis une fille du Sud de la France, étudiante à Bordeaux puis Nancy en école de commerce. J’ai eu la chance d’étudier en Amérique du sud à l’université de Bogota et de voyager beaucoup. Je suis parisienne depuis 20 ans maintenant.

J’ai démarré ma carrière professionnelle dans la grande distribution au sein du groupe Kaysersberg puis je suis entrée dans le monde de l’entreprise par mariage : j’ai épousé un commerçant qui est devenu serial entrepreneur. J’ai dirigé avec lui un groupe de sociétés dans le monde du commerce associé et dans l’univers de l’équipement du foyer, j’assumais les fonctions de direction administrative et financière. J’ai donc appris simultanément à parler le « langage client » et à parler la langue de la comptabilité ! Je crée ma société en 2009 dans le e-commerce, j’avais envie de lancer une activité personnelle. Je divorce en 2010, enceinte de mon 3ème enfant, et je développe finalement en 2011 une activité d’audit, conseil et formation. Deux ans après, deux clients me proposent de prendre une direction de réseau. Je choisis de rejoindre l’Alliance EURUS, dans le monde de l’expertise comptable en pleine mutation. je continue à développer en parallèle mon activité de conseil, training et conférences.

Mon métier, c’est entraîner des hommes des femmes, des jeunes à entreprendre et à réussir. Je l’exerce de 3 façons : j’enseigne l’excellence relationnelle et le « parler client » à Escp Europe. Je suis speaker et coach sur les thèmes du leadership, self leadership, management de projets et de la transition des organisations dans un monde plus digital. Enfin je dirige et j’anime, sur un mode de leadership 100% participatif, l’Alliance Eurus, 3ème groupe français de cabinets indépendants d’expertise comptables et d’audit (44 entreprises, 200 sites en France, 270 experts comptables, 3000 professionnels, membre français de BKR international).

Je pratique la course à pied depuis près de 15 ans et je m’aligne régulièrement au départ de courses chronométrées. J’aime avoir des projets, j’ai besoin d’avoir des objectifs. J’adore l’ambiance et l’énergie aussi qu’on trouve sur un parcours. A chaque course je rencontre des coureurs, des coureuses avec des personnalités différentes et ça me plait. Chaque ligne d’arrivée franchie remplit mon réservoir de confiance en moi. C’est important. Je dis souvent que je ne vis pas pour la course à pied mais que la course à pied m’aide à mieux vivre, autrement dit à être plus performante et plus heureuse. J’en ai fait une vraie méthode pour conduire ma vie et mes projets : Life Running que je partage dans mon nouveau livre « Courir sa vie ».

Comment conciliez-vous votre vie professionnelle et votre vie privée ?

Je les concilie très bien parce que je les lie. C’est essentiel pour moi de garder la maîtrise de mon temps, de ne pas me laisser imposer le rythme infernal du temps réel, le rythme des nouvelles technologies. Même si je suis une vraie geek, je choisis mon allure, un point c’est tout ! J’organise mon temps et mes ressources comme pour la course à pied : j’utilise un seul calendrier sur lequel je note mes activités et mes projets pro et perso, car je dispose de seulement une fois 365 jours faits de 24h ! Mon planning annuel est numérique avec plein de couleurs dessus, c’est un outil quotidien. J’utilise aussi un cahier agenda, le même offert chaque année, symboliquement, par ma fille aînée depuis 6 ans. J’aime y gribouiller des idées, des projets, ou coller des souvenirs. C’est indispensable de s’arrêter 5 minutes pour se remémorer le chemin parcouru, se réjouir des bons moments passés et réussis.

Je me fixe des lignes de départ, des objectifs à atteindre, je me laisse du temps de préparation et de récupération. Je suis très attentive à équilibrer mes temps : le temps pour mes projets professionnels, le temps pour mes projets personnels, le temps avec et pour les gens que j’aime, ensemble et séparément. Par exemple j’aime avoir des temps de réunion familiale mais c’est important aussi pour moi d’avoir une relation individuelle avec chacun de mes enfants, avec mes amis. Je prends aussi précieusement le temps avec mon amoureux : nous cultivons nos temps intimes, nous avons notre propre rythme. Un WE en amoureux, un diner avec un enfant, une activité partagée avec mon fils sont autant de petits projets importants à ne pas manquer. Je m’efforce de vivre sans dire « c’était mieux hier » ou « vivement demain !» : j’ai de la tendresse pour hier, du désir pour demain, et chaque jour j’accomplis, je vis, je ressens.

Quelle place a le sport dans cet équilibre ?

Le sport est mon anti-rouille et mon antistress. Chaque fois que je commence à sentir une tension dans mon corps, je sais que je n’ai pas assez fait d’exercice. Le corps demande sa dose de mouvements pour se muscler et aussi pour se délier. La course me permet d’entretenir et de développer mon outil corporel. Le sentiment de force et de maîtrise physique engendre une assurance certaine, une force mentale. Je suis plus efficace intellectuellement, et même sensuellement, quand je suis équilibrée dans mon corps.

M’inscrire à une course m’aide à renforcer la confiance en moi et en mes capacités, sentiment fragile parfois. Accomplir quelque chose est fondamental dans cette construction. Je fais partie des makers. J’ai un besoin vital de réaliser des projets, de rencontrer des gens. Le sport propose un espace de réalisation de soi. J’ai toujours plusieurs projets personnels et professionnels sur ma feuille de route !

Enfin, j’ai remarqué que je suis très créative en courant. J’aère mon cerveau et j’y vois plus clair. Les effets vertueux du mouvement et de l’effort sur le corps concernant aussi notre cerveau pensant. Quand je prépare une conférence ou un projet, je pars courir et les idées abondent, je suis même obligée de m’arrêter pour les noter ! A d’autres moments, je cours pour structurer un ensemble d’idées, pour trier et construire un plan. C’est très efficace.

En tant que coach, comment pensez-vous qu’une entreprise peut favoriser la pratique du sport de ses salariés ?

L’entreprise aujourd’hui est très sollicitée, on lui rappelle sur un ton moralisateur sa responsabilité sociétale et environnementale. Au-delà des lois et des modes, c’est juste du bon sens de penser que des équipes en bon état physique et moral vont faire du « bon travail » ! Il y a énormément à faire dans notre pays où on a encore l’habitude de mesurer la valeur d’un individu à la quantité d’heures de présence au bureau ou de documents produits. Par ailleurs, si tu as l’air trop en forme ou trop heureux, c’est probablement que tu ne travailles pas suffisamment, il est donc de bon ton d’être chroniquement débordé et fatigué ! Travailler comme chacun sait, c’est sérieux !

3 pistes à explorer peut-être pour les entreprises qui souhaitent favoriser la pratique du sport :

N°1 : Travailler sur le culturel, décomplexer les salariés, donner des règles du jeu qui autorisent le temps pour soi dans le respect du temps pour les autres et pour l’entreprise. Donner le droit de sourire, de rire, de jouer dans l’entreprise, et finalement de se parler vraiment. C’est déjà un énorme challenge, une révolution culturelle.

N°2 : Entre dire que c’est possible et donner les moyens que cela soit possible, il y a parfois de grands écarts ! Fournir l’équipement adéquat, une douche peut être ?

N°3 : Amplifier l’énergie en créant un esprit d’équipe, en participant à des challenges. Mettre à l’honneur les sportifs sans faire de prosélytisme non plus : sur une course chronométrée on ne trouve pas que des coureurs ! Pas de courses sans organisateurs, sans bénévoles, sans préparateurs, sans animateurs : chacun peut trouver une place dans un projet participatif.

 

Pouvez-vous nous expliquer votre principe des 4 temps de la course ?

C’est ma méthode de gestion de projets. Je l’utilise pour toutes mes courses, dans ma vie personnelle et pour mes vies professionnelles. C’est avec la méthode des 4 temps que je surveille et que je gère mes équilibres. Et très souvent quand je me sens moins bien, c’est que j’ai oublié de nourrir un des 4 temps.

1er temps : J’ai besoin d’avoir envie, d’avoir des rêves, sans désir point d’élan !

2nd temps : J’ai besoin de m’inscrire et d’avoir des projets en perspective : c’est ce qui rend mon futur désirable.

3ème temps : J’ai besoin de réaliser, de faire et d’accomplir, loin de la procrastination. C’est en courant qu’on apprend à courir, en aimant qu’on apprend à aimer, en étant parent qu’on apprend à devenir parent …

4ème temps : J’ai besoin enfin de « me refaire », de récupérer, de me reposer et de tirer des enseignements des actions et des projets que j’ai menés à leur terme, parfois avec succès, parfois sans. Echouer, se tromper fait partie du chemin à condition d’en tirer des leçons avant de repartir sur d’autres projets ou d’autres choix !

Chaque fois que je me sens moins bien, je reviens aux 4 temps :

Quelles sont les courses auxquelles je participe en ce moment ? A quel kilomètre j’en suis ? Est-ce que je suis bien dans ma course ? Est-ce que je sais encore pourquoi je suis en train de courir, quel est l’objectif que je poursuis ? La ligne d’arrivée est-elle précise dans mon esprit ? C’est important pour ne pas se décourager, de savoir pourquoi on court, pour quoi on court, vers quoi on court, et à quelle distance de l’arrivée on se situe !

De quoi j’ai envie ? Qu’est ce qui me fait rêver totalement, que je n’oserais même pas imaginer faire ? Quels sont mes prochains défis, mes rendez-vous avec moi-même ? Avec les autres ?

Enfin est-ce que j’ai bien inscrit sur l’agenda mes temps de pause et de récupération ?

Quelles sont les bonnes pratiques que vous donneriez aux Parisiennes ?

Je dirais aux Parisiennes : prenez du temps pour vous ! Quand je prends du temps pour moi, je prépare la qualité du temps que je vais passer avec les autres. Une formule éprouvée auprès de mes enfants : « Ecoute chéri, une maman malade ou de mauvaise humeur ça n’est pas très agréable n’est-ce pas ? Je vais donc courir, de cette façon tu retrouveras une maman en pleine forme ! »

Je dirais aux Parisiennes de ne jamais renoncer à être plus ou « mieux » heureuses : quand je suis bien dans mes baskets, je deviens « aimable », une personne désirable et à aimer.

Je leur dirais : continuez à courir, à vous inscrire, à vous ré-inscrire à vos courses personnelles et professionnelles. Je dirais qu’il y a autant de plaisir à courir qu’à aider à accomplir. Les deux sont nécessaires à l’équilibre d’une vie, et il faut donc organiser avec autant de soin des temps pour soi et des temps pour et avec les autres, en alternance.

Je leur dirais enfin de ne pas rester seules : courez ensemble, c’est plus facile et plus sympa ! Osez demander, réclamer : « L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie ».

www.delphinebuisson.fr