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> 100 idées reçues sur le cancer du sein
Fiche conseil santé
Fiche Conseil proposée par la
Fondation pour la Recherche Médicale
Ces quelques questions vous permettront de faire le point et d'en apprendre beaucoup.
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100 idees recues sur le cancer du sein
L’Avis du Dr Marc ESPIE
Le Dr Marc ESTIE est
maître de conférence en cancérologie à l’Université de Paris 7 et responsable du centre des maladies du sein à l’hôpital
Saint-Louis, Paris.
Chez les femmes des pays occidentaux, le cancer du sein est le cancer le plus
fréquent et le plus meurtrier : il est responsable de près de 11 000 décès
par an en France.
Plus il est détecté tôt, meilleures sont les chances de guérison. D’où l’intérêt du dépistage systématique et gratuit par mammographie*, proposé à toutes les femmes de 50 à 74
ans.
Guides Santé "100 idées reçues, l'avis des chercheurs" tomes 1, 2 et 3 Fondation Recherche Médicale, éd. Textuel
« Allaiter protège
du cancer du sein » VRAI Allaiter de manière prolongée diminue le risque de
voir se développer un cancer du sein. Une étude scientifique
menée en 2002 sur près de 150 000 femmes a en effet
montré que les femmes ayant développé un cancer
du sein avaient allaité moins souvent et sur des durées
plus courtes que les autres. Première hypothèse avancée
: une hormone sécrétée lors de la lactation – la
prolactine*- pourrait avoir un effet protecteur sur les cellules
du sein. Seconde hypothèse : l’effet protecteur serait
dû à une diminution de l’exposition des estrogènes,
hormones impliquées dans la progression des tumeurs mammaires.
La production de ces hormones par l’organisme est en effet
réduite durant l’allaitement. Autre conclusion de l’étude
: le risque de cancer diminue de 7% à chaque naissance.
« Un homme peut avoir un cancer du
sein » VRAI Aussi étonnant que cela puisse paraître, le cancer
du sein de l’homme n’est pas exceptionnel : il représente
de 0,5 à 1% de l’ensemble des cancers du sein et 0,2%
de tous les cancers affectant l’homme (contre 25% de ceux affectant
la femme). Il se développe essentiellement chez les hommes
de plus de 65 ans dont la fonction testiculaire a été altérée
suite à une infection ou à un traumatisme. Ces altérations
induisent un déséquilibre dans la production des hormones
sexuelles : les estrogènes* produites en faible quantité chez
l’homme par les glandes surrénales* et le tissus graisseux
se retrouvent alors en excès par rapport aux androgènes*.
Ce déséquilibre favorise le développement de
certaines cellules tumorales et notamment celles du sein. Les traitements
sont les mêmes chez l’homme et la femme, pouvant faire
intervenir la chirurgie, la radiothérapie*, la chimiothérapie*
et l’hormonothérapie*.
« Le traitement hormonal de la ménopause peut être à l’origine
d’un cancer du sein » VRAI Deux études internationales ont effectivement mis en évidence
une légère augmentation du risque du cancer du sein,
ainsi que du risque cardio-vasculaire chez les femmes sous traitement
hormonal substitutif (THS)*. Ce traitement était jusqu’alors
proposé aux femmes ménopausées présentant
une faible densité osseuse (ostéoporose) et /ou des
troubles dits « climatériques » importants : bouffées
de chaleur, troubles de l’humeur ou du sommeil, sécheresse
vaginale, etc. (ces problèmes sont liés à l’arrêt
de sécrétion par les ovaires des hormones estrogènes*
et progestérones* au moment de la ménopause). La mise
en évidence de ce risque a conduit l’Afssaps* à réduire
les indications du THS aux seules femmes présentant des troubles
climatériques* importants et ceci à dose minimale et
pour une durée limitée. Des traitements alternatifs
sont recommandés dans la prévention contre l’ostéoporose
« La pilule contraceptive peut entraîner
un cancer du sein » FAUX Il n’existe aucun lien entre cancer du sein et pilule contraceptive.
Une vaste étude portant sur 9 200 femmes américaines
a récemment montré que l’utilisation de la pilule
contraceptive n’augmente pas le risque ultérieur de
cancer du sein chez les femmes de 35 à 64 ans et ce, quelle
que soit la durée d’utilisation. Il faut rappeler, en
outre, que les contraceptifs oraux diminuent le risque de cancer
de l’ovaire.
« La consommation d’alcool et de tabac favorise l’apparition
d’un cancer du sein » VRAI La plupart des études menées sur le cancer du sein
montrent qu’une consommation excessive et régulière
d’alcool augmente sensiblement le risque de survenue d’un
cancer du sein. Ce risque est encore accru chez les femmes suivant
un traitement hormonal substitutif (THS)*. Il semblerait que l’alcool
interfère avec la régulation hormonale, entraînant
des perturbations favorables au développement d’un cancer.
En ce qui concerne la consommation de tabac, les conclusions sont
moins claires. Toutefois, une étude très récente
semble montrer que le tabagisme augmente aussi le risque de cancer
du sein, en particulier si la consommation de tabac a débuté tôt
et avant la première grossesse.
« La chirurgie plastique des seins
peut induire un cancer » FAUX Les opérations de chirurgie visant à réduire
le volume des seins, ou au contraire, à l’augmenter
grâce à la pose de prothèses, n’induisent
en aucun cas des cancers. Les prothèses, ou implants mammaires,
sont en général constituées de silicone. Le
suivi des femmes ayant bénéficié de ce type
d’implants montre que le silicone* n’induit aucune manifestation
cancéreuse. Un suivi médical est néanmoins recommandé à toute
personne ayant subi une implantation mammaire pour traiter rapidement
d’éventuelles complications (fibrose*, usure prématurée
ou rupture d’implant).
« Les femmes obèses ont un
risque plus grand de cancer du sein » VRAI L’obésité et la prise de poids après
la ménopause augmenteraient de 30% le risque de développer
un cancer du sein. Le responsable serait le tissu graisseux, très
développé chez les personnes obèses. Il est
en effet le siège de la conversion des androgènes*
en estrogènes*, hormones favorisant le développement
de certaines cellules tumorales mammaires.
« Plusieurs femmes de ma famille ont
eu un cancer du sein, je vais en avoir un moi aussi » FAUX maisLa survenue d’un cancer du sein chez plusieurs femmes d’une
même famille évoque une susceptibilité génétique
mais ne la démontre pas. En effet, le cancer du sein est fréquent
(il touche une femme sur dix), alors qu’une prédisposition
génétique* n’est retrouvée que dans 5%
des cas de cancer du sein. Sur les 40 000 nouveaux cas dépistés
en France au cours de l’année 2000, seulement 2 000 étaient
associés à une prédisposition génétique,
c'est-à-dire à une mutation des gènes BRCA*1
ou BRCA2 transmis par l’un des deux parents.
Les femmes porteuses de ces mutations ont effectivement une probabilité très élevée
(80%) de développer un cancer du sein au cours de leur vie.
C’est pourquoi, en cas d’antécédents familiaux évoquant
une prédisposition génétique, les femmes se
voient proposer un dépistage de ces mutations et une surveillance
rapprochée précoce qui pourra faire intervenir l’IRM
(Imagerie par Résonance Magnétique), technique peut-être
plus sensible que la mammographie*, mais encore en cours d’évaluation.
« Il n’y a aucun lien entre cancer du sein et cancer
de l’ovaire » FAUX Cancers du sein et de l’ovaire peuvent être liés
par des prédispositions génétiques*. En effet,
des gènes de la famille BRCA*, lorsqu’ils sont mutés,
prédisposent non seulement au cancer du sein mais aussi à celui
de l’ovaire. Les risques d’apparition et de développement
de ces deux types de cancers sont donc accrus chez les femmes porteuses
de mutations dans ces gènes.
« Les femmes d’origine asiatique
ont moins de cancers du sein » VRAI Plusieurs études américaines ont montré que
les femmes chinoises, japonaises et philippines ont statistiquement
un risque plus faible de développer un cancer du sein par
rapport aux femmes européennes. Les raisons de cette différence
? Les femmes asiatiques ont un cycle menstruel plus long : leurs
ovulations étant plus espacées dans le temps, elles
sont moins exposées aux estrogènes* au cours de leur
vie. Or ces hormones produites par les ovaires favorisent le développement
des tumeurs du sein. Par ailleurs, ces femmes consomment régulièrement
et en grande quantité du soja, source de phytoestrogènes*.
Se fixant aux mêmes endroits que les estrogènes* dans
l’organisme sans entraîner les mêmes effets, ces
substances empêcheraient l’action néfaste des
estrogènes sur le sein.
GLOSSAIRE : Afssaps : Agence Française de sécurité sanitaire
environnementale. Androgènes : Hormones mâles sécrétées
essentiellement par les testicules mais aussi, en plus faible quantité,
par les ovaires et les glandes surrénales*. Il s’agit
principalement de la testostérone. BRCA (gènes) : Sous leur forme normale, les gènes
BRCA1 et BRCA2 participent à la réparation de l’ADN
et empêchent les cellules de proliférer de façon
anarchique. Lorsqu’ils comportent une anomalie (mutation),
ils prédisposent aux cancers du sein et de l’ovaire. Chimiothérapie : Utilisation de molécules chimiques
pour traiter une maladie. Dans le langage courant, traitement médical
anticancéreux. Climatériques (troubles) : Troubles qui surviennent chez
une femme sur deux au moment de la ménopause. Il peut s’agir
de bouffées de chaleur, d’une sécheresse vaginale,
de troubles urinaires, de troubles de l’humeur (irritabilité,
anxiété) ou de troubles du sommeil (insomnies). Estrogènes : Hormones féminines sécrétées
par l’ovaire, qui jouent un rôle dans le développement
des caractères sexuels féminins (organes sexuels, seins,
pilosité, localisation de la graisse,…). Ces hormones
favorisent la croissance des cellules tumorales dites « hormonodépendantes ». Fibrose : Modification des tissus caractérisée par
un durcissement et une perte d’élasticité. Elle
peut être secondaire à la radiothérapie ou à la
présence d’un corps étranger (implant). Gène : Portion d’ADN située sur un chromosome
qui contient l’information nécessaire à une fonction
ou à un caractère particulier de la cellule ou d’un
organe (couleur des yeux, des cheveux, taille, etc.). Hormonothérapie : Traitement de certaines maladies par l’emploi
d’hormones naturelles ou synthétiques. Mammographie : Examen par rayons X qui permet d’obtenir une
image de la glande mammaire. Phytoestrogènes : Oestrogènes fabriqués par
certaines plantes comme le soja Prédispositions génétiques : Présence
de variants d’un ou plusieurs gènes* qui favorisent
ou protègent de l’apparition de maladies. Progestérone : Hormone sécrétée par
l’ovaire durant la deuxième moitié du cycle menstruel,
et pendant la grossesse. Prolactine : Hormone sécrétée par l’hypophyse
(glande située à la base du cerveau) qui stimule la
production de lait maternel après l’accouchement. Puces à ADN : Petit support solide de quelques cm² sur
lequel sont immobilisés de façon ordonnée des
centaines de gènes. Elle permet de mesurer le niveau d’activité des
gènes présents dans un échantillon biologique
(fragment de tumeur par exemple). Radiothérapie : Emploi de rayons X pour détruire les
tumeurs cancéreuses. Silicone : Matière plastique organique dont certains atomes
de carbone ont été remplacés par des atomes
de silicium. Il est utilisé dans les implants mammaires,
dans des crèmes et les appareils de chirurgie. Surrénales (glandes) : Glandes situées au-dessus de
chaque rein qui sécrètent plusieurs hormones jouant
un rôle important dans la régulation des grandes fonctions
de l’organisme (pression artérielle, adaptation à l’effort
ou au stress…). Traitement hormonal substitutif (THS) : Médicament à base
d’hormones (estrogènes et progestérones) prescrit
après la ménopause pour compenser l’arrêt
de la sécrétion de ces hormones par les ovaires.