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Fiche conseil santé
Fiche conseil proposée par Nelly Anne Saby, présidente de l'Association Ayurveda en France
AYURVEDA EN FRANCE est une association à vocation socio éducative et professionnelle. Elle a pour but :
• De préserver et de promouvoir une meilleure connaissance de l’Ayurveda en France dans le respect de ses fondements et de sa tradition.
• De regrouper ses praticiens
• De contribuer à développer une information et formation de qualité
Un printemps heureux
L’Ayurveda considère l’importance pour chacun d’entre nous de vivre en harmonie avec les saisons. Leur alternance constitue des cycles où les trois Doshas Vata, Pitta, et Kapha se succèdent dans leurs phases d’accumulation (Sanchaya), d’aggravation (Prakopa) et de diminution (Prasham). Cette connaissance des variations saisonnières et des changements qu’elles impliquent pour notre organisme est appelée Rutucharya. Selon cette connaissance et les observations qu’elle a pu établir, il existe deux catégories de saisons :
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Une partie de l’année où le corps construit ses tissus et renforce son immunité : de la fin de l’été au début de l’hiver.
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Puis, un second cycle, allant de la fin de l’hiver au cœur de l’été, où nos forces vont être mobilisées et consommées.
La première saison de ce cycle est le printemps, Vasant en sanskrit, qui dure de la mi février à la mi avril. En Inde, on dit que parmi les saisons, le printemps est roi : il débute dans une explosion de couleurs avec la très populaire fête de Holi. Douceur des jours, parfum des floraisons, retour de la chaleur, le printemps est une marque le réveil de la nature, et avec lui celui de nos sens. Pourtant, le printemps n’est pas toujours la saison la plus facile à vivre pour notre organisme. Pourquoi ?
Avec l’élévation progressive de la chaleur, les réserves accumulées durant l’hiver vont avoir tendance à « fondre », comme neige au soleil. De même que la fonte des neiges, en alimentant les torrents, va grossir le lit des rivières, notre organisme aura à gérer cet excès, et les résidus qu’il génère. L’élément dominant est alors l’eau, liée au dosha Kapha, dont les principaux attributs sont la lenteur, le froid, la douceur. L’excès d’eau entraîne pesanteur, congestion, léthargie.
Comment accompagner au mieux ce mouvement et favoriser le retour à un équilibre ? Voici quelques éléments de réflexion empruntés à cette tradition multimillénaire. Dont le principe de base est l’utilisation des attributs opposés à l’élément dominant : au printemps, on privilégie naturellement ce qui est léger, mobile, sec, chaud.
Le grand nettoyage de printemps
Au matin de ce sommeil hivernal, nous nous réveillons encore un peu endoloris, lourds, l’esprit embrumé. Ce manque d’allant, de légèreté, ou de clarté, peut s’accompagner d’autres signes observables : teint brouillé, mauvaise haleine, odeurs corporelles plus marquées, langue chargée... Qui nous alertent sur la présence de « toxines », naturellement plus importantes à ce moment de l’année. C’est aussi au printemps que l’on voit réapparaître ce que l’on appelle des « affections saisonnières », qui s’accompagnent de mucosités dans la partie supérieure du corps. Pourquoi ?
L’élévation de la chaleur a un pour effet de libérer certains résidus qui vont entrer dans la circulation. Des petits remèdes simples s’avèrent souvent suffisants pour aider notre organisme à repartir du bon pied. En Ayurveda, on utilise généralementune combinaison de saveurs qui vont permettre d’éliminer l’excès d’eau et de favoriser la fonction digestive, liée à ce que l’on appelle le feu digestif, Agni.
On utilise principalement la saveur piquante : parce que « chaude » et sèche, elle permet d’augmenter notre capacité de digestion. On utilise également la saveur astringente car elle est légère et sèche. Ainsi que la saveur salée - en petite quantité- parce qu’on considère qu’elle augmente le métabolisme.
Les substances couramment utilisées sont le Gingembre (frais ou sec), le Pippali, l’Ajwan, le Chitrak, l’Asafoetida, le Cumin, le sel gemme, le citron, ayant un effet stimulant sur le feu digestif, Agni. Ainsi, en cas de petits embarras, vous pourrez utiliser la recette suivante :
RECETTE DE JUS DE CITRON
le jus d’un demi citron avec une pointe de gingembre râpé dont vous extrairez le jus avec 1/2 cc de miel.
Le citron, à la fois acide et amer, est connu pour ses vertus curatives et assainissantes du système digestif, et son rôle dans la digestion des graisses.
Le gingembre, à la fois piquant et légèrement astringent est l’un des principaux remèdes en cas d’indigestion et de toxicité du corps : il augmente le pouvoir de digestion, active la microcirculation, nettoie l’ensemble des systèmes, et possède même des vertus analgésiques en cas de douleurs chroniques.
Le miel est à la fois un aliment et un remède : il est considéré comme l’une des substances les plus chaudes, car il pénètre rapidement et profondément l’ensemble des systèmes du corps. Pour cette raison, les personnes de constitution Pitta (feu) l’emploieront avec parcimonie.
On dit aussi que le printemps est le moment choisi pour « purger » son organisme. Parmi les saveurs, l’amer possède la valeur curative la plus élevée. Les plantes amères ont une action puissante, qui s’étend à l’ensemble des fonctions digestives, notamment à celle de la rate et du pancréas, favorisant le métabolisme des sucres et lipides. Elles favorisent la perte de poids. Parmi les purgatifs couramment utilisés dans les campagnes indiennes, le Neem que l’on donne aux enfants en cas de parasitose (vers). En excès, l’amer peut cependant conduire à un amenuisement des forces. Pour une action sur le long terme, on préfèrera les plantes aux saveurs amères et douces comme le Gudduchi (Tinospora Cordifolia), le Brahmi (Bakopa Monniera), car elles équilibrent les trois Doshas. L’usage régulier du Triphala (3 fruits : Embellica officinalis, Terminalia Chebula, Terminalia Bellirica) constitue un autre remède simple à utiliser en cure, ou en usage prolongé. De même que le jus ou le gel d’Aloè vera qui a une excellente action de nettoyage et de régénération du foie, organe particulièrement sollicité avec le retour des beaux jours.
Les troubles printaniers concernent majoritairement le haut du corps : nez, poumons, ou estomac. Les plantes expectorantes comme la Sauge, l’Eucalyptus, le Pippali sont utilisées à cet effet. En usage régulier, le Tulsi (basilic de l’Asie du Sud Est) est excellent pour prévenir les affections dites « allergiques », comme le rhume des foins, car il contribue à renforcer notre immunité.
La saison des légumes verts
Avec l’éveil de la végétation, notre organisme est davantage réceptif à ce qui est naturellement bon et sain pour lui. C’est la saison idéale pour entamer une réforme alimentaire, car on considère qu’il est plus facile d’y limiter les apports avec un risque moindre de déséquilibrer les fonctions de l’organisme. La qualité est à privilégier par rapport à la quantité : renouveler son énergie par une consommation adéquate d’aliments variés et facilement assimilables, comprenant principalement les saveurs amère, astringente et piquante, évitant l’acide, le doux et le salé, ainsi que ce qui est lourd, gras et froid (en début de saison). La plupart des légumes verts de saison comme les épinards, artichauts, brocolis, céleri, radis, haricots verts, petits pois, épinards, endives, sont excellents. Les radis, dont la saveur est piquante, sont une excellente crudité qui « disperse » l’excès d’eau.
Comme source de protéines, les légumineuses comme les haricots mungos, les lentilles corail, les azuchis, la volaille sont préférables à la viande rouge, et les poissons de rivière aux poissons bleus ou gras. Les céréales comme le sarrasin ou le seigle sont intéressantes en raison de leurs propriétés diurétiques. Le millet est une céréale légère, très digeste , et qui a pour particularité de ne pas augmenter la masse corporelle. Le blé est à consommer avec modération : il est considéré comme l’une des céréales qui augmente le plus Kapha. On pourra le remplacer par l’épeautre.
Les huiles vierges de tournesol, colza, soja, moutarde seront utilisées de préférence, car elles sont les plus légères. L’huile d’olive, de sésame, ainsi que le ghee sont également bons, mais en quantité modérée. Eviter en revanche la margarine, l’huile de palme et d’arachide.
Ayant tendance à provoquer des mucosités, la consommation des produits laitiers est à réduire à la sortie de l’hiver. Notamment celle des plus gras : crème, le fromage blanc, ainsi que le yahourt : le yahourt est considéré comme le plus lourd et le plus riche des aliments selon les textes ayurvédiques, ce qui surprend toujours beaucoup les occidentaux qui en ont fait un allié de la minceur. On préfèrera les produits à base de lait de chèvre, qui combine à la saveur douce, la saveur astringente, plus légère. Parmi les produits laitiers, on privilégiera le babeurre. Consommé avec un peu de cumin, d’asafoetida, de curcuma et de sel, il tonifie le feu digestif Agni, est utile en cas d’irrégularité du transit, et est l’un des rares produit laitiers qui n’aggrave pas Kapha.
Consommer régulièrement des boissons chaudes, avec un peu de miel. Le miel est décrit comme étant extrêmement « chaud », « pénétrant », « mobile » : il est utilisé pour accroître le métabolisme et detoxifier l’organisme. Le mélange Trikatu, à base de gingembre sec, de poivre noir et long est un excellent ingrédient à avoir sous la main pour agrémenter ses préparations. A mesure que l’on s’approche de l’été, utiliser plutôt des épices douces comme le cumin, la coriandre, la cannelle, les clous de girofle, le curcuma, et consommer davantage de crudités et de fruits frais de saison afin d’aider l’organisme à réguler sa température.
Cure de jouvence
Privilégier une alimentation stimulante et légère permettrait à l’organisme d’accroître sa capacité de digestion, et donc de mieux assimiler. Le printemps est l’une des saisons où le jeûne (ou une diète adaptée) serait particulièrement bénéfique. La période de Carême correspondait traditionnellement à cette sortie de l’hiver où notre alimentation a besoin d’être allégée. Il ne s’agit en aucun cas de mettre son organisme en état de disette, mais de limiter la surcharge en quantité et en aliments lourds. Les jus de légumes de saison, notamment ceux qui ont une action nettoyante comme le radis noir, la betterave, associée à des feuillus ayant une action légèrement diurétique comme le céleri branche sont conseillés.
Quant aux fruits, ceux-ci contiennent beaucoup d’eau : ils sont donc à consommer avec modération, à éviter le matin, au cours ou en fin de repas, notamment sous forme de jus. D’ailleurs, sans les importations et les cultures sous serres, nous ne trouverions pas de fruits avant l’arrivée des premières fraises au mois de mai-juin.
L’avènement de la lumière nous invite à nous lever un peu plus tôt chaque jour. Faire une marche au petit matin en contemplant le soleil se lever, pratiquer quelques étirements doux, respirer, méditer, est une habitude souveraine que beaucoup d’indiens continuent de suivre à tout âge.
De la même façon que nous faisons notre toilette quotidiennement, il importe de penser à maintenir propres les différents orifices du corps. Et plus particulièrement le nez, car cet organe ne connaît aucun repos, participe de chacune de nos respirations, filtrant puis rejetant , de jour comme de nuit, sans discontinuer, l’air que nous inhalons. Il est considéré comme étant la porte du « Prana » (dont l’une des significations est « l’énergie nourricière »), mais aussi de la maladie. Cette thérapie, appelée Nasya, permet de garantir la pureté de ce seuil et des échanges qu’il entretient avec l’extérieur.
Les massages font partie des soins de base qui aident l’organisme à se régénérer. On préfèrera alors des huiles légères et stimulantes : l’huile de moutarde, de tournesol, de sésame (en moindre quantité, car plus « lourde » et plus riche que les autres huiles), suivie d’un gommage avec des poudres ayurvédiques ou de la farine de pois chiches. Ce soin, appelé Udvartana est connu pour accélérer la microcirculation, assurant un drainage en profondeur des tissus cutanés et adipeux, l’élimination de l’excès de lipides et de toxines par la peau.
L’une des meilleures façon de régénérer l’organisme reste de bien l’oxygéner. Le retour des beaux jours appelle les ballades au grand air. Il serait bien dommage de ne pas y céder, car un exercice régulier à l’extérieur est le plus sûr moyen de remettre notre énergie en mouvement, et notre humeur au beau fixe. Comme il serait dommage de manquer le chant des oiseaux dans le petit matin. Ainsi, les textes nous le confirment : il est bon de se lever tôt, d’éviter de dormir durant la journée. De redevenir attentif à la beauté de la nature, de rester alerte, d’avoir une attitude à la fois curieuse, ouverte et aimante. Le printemps est plus que jamais le moment de cultiver les vertus simples et généreuses de l’âme et de partager notre bonheur de vivre.